• Tout le monde me regardait mais je ne fixais que l'Empereur. Les gardes étaient sur le qui-vive, près à attaquer. La pression du sabre sur le cou du pauvre soldat ne variait pas malgré le poids de l'objet. Il fallait que je ne montre aucune faiblesse. Tout d'un coup il se réveilla et essaya de me faire tomber vers l'avant, mais le fait que le sabre était sur le point de lui trancher la gorge le ralentit dans ses mouvements et je bloquais sa contre-attaque plutôt facilement. 

    Je voulais cette chance, je voulais mon sabre. Je ne savais pas dans quoi je m'embarquais et je ne préférais pas y penser. 

    L'Empereur prit enfin la parole. 

    - Lâchez ce soldat mademoiselle, ou vous prendrez cher.

    Je fis comme il me demanda et le soldat souffla de soulagement.

    - Qu'on lui tranche la tête. Il ne mérite pas de faire partie de la garde impériale, il n'a même pas su maîtriser une jeune fille. 

    Le soldat laissa échapper un cri étrangler de stupeur. Je n'en croyais pas mes oreilles, je venais de condamner à mort et contre mon gré un soldat qui n'avait rien fait de mal. Mais c'était justement parce qu'il n'avait rien fait qu'il était condamné à mort. 

    - Majesté s'il vous plaît! 

    - Et emmenez-la hors de ma vue! Je ne veux plus jamais la revoir!

    Il était en colère, cela se sentait. Trois gardes s'avancèrent vers moi et deux autres vers l'autre soldat. Je ne savais pas comment me sortir de ce mauvais pas. J'avais énervé l'Empereur de L'Empire Yū sans savoir qu'il aimait faire couler le sang pour un rien. Et maintenant j'allais me faire chasser du palais et je condamnais un innocent avec moi. Pour un caprice. 

    Je laissais le premier des gardes me confisquer le sabre tandis que les deux autres m'attachaient les poignets. Sans doute pensaient-ils que j'allais me rebeller mais ils avaient torts, j'avais échoué et je n'avais aucune envie de riposter.

    - Père! Dit soudainement une voix sortie de nul part. Je pense que vous faites une grave erreur. 

    Tous les regards se portèrent sur cet homme que je ne connaissais maintenant que trop bien. Ses cheveux noirs, ses yeux pétillants et son sourire malsain. Et puis ce côté noble que je n'avais pas noté à première vue mais qui était bien là, graver dans ces yeux sombres. 

    - Comment? Répondit L'Empereur lassé de cette histoire. Approche-toi Anzai que je te discerne mieux. 

    Le dénommé Anzai sortit de la foule pour s'approcher du trône et nos regards se croisèrent une énième fois. Je détournais les yeux. Je ne savais pas ce qu'il allait dire mais ça ne pouvait tourner en ma faveur, nous ne nous étions très mal entendu ce matin.

    - Cette jeune fille nous a prouvé qu'elle s'y connaissait au moins un minimaux arts martiaux, il serait dommage de ne pas en voir plus. N'oublions pas que, si comme je le crois elle sait se battre, c'est l'ancien général qui lui a apprit cet art. Et concernant le soldat, nul n'aurait pu réagir devant la rapidité de cette jeune fille, même le meilleur de nos soldats.  Le perdre serait un gâchis pour nos rangs. Surtout que vous savez autant que moi que les soldats nous manquent ces dernier temps.

    J'enregistrais cette dernière informations dans ma tête avant de me concentrer sur le reste: il avait parler avec fluidité, comme si il venait de réciter un texte appris par cœur. Il était sûr de lui et cela se voyait dans son comportement.

    L'Empereur fit mine de réfléchir un moment.

    - Tu m'as convaincu Anzai, soupira-t-il finalement, puis il ordonna aux gardes; Relâchez ce soldat. Et concernant la fille... Duel contre Shohei dans deux heures, dans les jardins. Ce sera sa seule chance. 

    Il se releva pour de bon et quittait la pièce. Tout le monde s'inclina et moi de même. Je n'en croyais pas mes oreilles, j'avais une chance de revoir mon sabre un jour! Et tout cela grâce à l'hériter de l'Empire que j'avais rencontré le soir d'avant.

    Une coïncidence? Bien loin de là. 

    Le dieu de la victoire était de mon côté. 

    * * *

     - Vous voila enfin prête pour votre duel, mademoiselle, me dit une domestique du château qui s'était occupé de moi pendant plus d'une heure.

    J'étais à présent en tenue de combat et je me regardais dans la glace. Je portais un kosode blanc qui me permettait d'être à l'aise dans mes mouvements, et par dessus il y avait le hakama qui allait de ma taille au sol et le kataginu qui défendait le haut de mon corps. C'était une tenue de combat normal qui allait aussi bien pour les filles que pour les garçons.

    - Il est temps d'y aller maintenant, l'Empereur n'apprécie pas les retards. 

    J'hochais la tête et demandais:

    - Quelle sera l'arme du duel? 

    - Dans les duels courant qui se déroulent dans la capitale, il n'y a qu'une seule arme de combat, mais l'Empereur préfère les duels Impérial.

    - C'est-à-dire?

    - Trois armes, trois duels. Je ne peux pas vous en dire plus. 

    - Et comment gagner? Je veux dire, je dois remporter les trois duels ou deux sur trois suffisent? 

    Elle réfléchit un instant.

    - Sachant que vous vous battez pour entrer dans la garde Impériale je pense que vous devez gagné les trois duels. Vous savez il est assez rare d'arriver à entrer dans la garde dès le premier essaie, la plupart de nos soldats ont échoué deux ou trois fois avant d'y arriver. L'Empereur veut les meilleurs soldats possibles. 

    Je savais ce qu'elle pensait à cet instant, et je dois dire que je le pensais aussi: il serait presque impossible pour moi d'y entrer.

    - J'aurais une dernière question: qui est ce Shohei que je vais devoir affronté? 

    - Shohei... Sir Shohei est le soldat le plus fort de tout le royaume. Normalement ce n'est pas lui que doivent affronter les futurs soldats car personne n'arrive à le battre. 

    L'Empereur avait vraiment pensé à tout mais il ne connaissait pas mes talents en art martiaux, j'étais loin d'avoir montrer toutes mes capacités. Très loin même.

    - Merci pour toutes ces réponses, vous pouvez me conduire sur le lieu du duel à présent. 

    Arrivée dans les jardins, il y avait une foule de monde qui attendait déjà, mais l'Empereur n'était pas arrivé, ni mon adversaire. J'observais ces espaces verts d'un œil attentif, il fallait que je retienne tout ce qui pouvait me porter préjudice. 

    Nous nous trouvions dans un espace plutôt plat, l'herbe coupé courts sans arbres autour de nous. D'après ce que je comprenais, le public serait autour de nous, les combattants. Le cercle qui se formait petit à petit était assez large mais un accident pouvait vite arrivé. 

    Tout le monde se tut, et L'Empereur arriva accompagné de mon adversaire. À ce moment là j'aurais sûrement dû avoir peur, en effet il était de grande taille et fort musclé. La trentaine à vue d'œil. Je comprenais qu'il était craint parmi les soldats, je devais avoir l'air d'une petite fille à côté de lui. Mais je ne me démontais pas pour autant, j'avais déjà eu des adversaires de cette envergure, ou un adversaire plus précisément: mon père. Il m'avait tout appris et bien plus encore.

    Un homme à côté de l'Empereur commença à parler:

    - Comme vous vous en doutez, nos deux adversaires s'affronteront sur un duel Impérial. Pour le premier duel vous utiliserez un katana de longueur égal. Pour vaincre le duel, vous devrez toucher cinq fois votre adversaire. Lors du deuxième duel, vous utiliserez un yumi et vous devrez lancer vos cinq flèches à une distance de vingt mètres sur la cible. La personne qui aura le meilleur score gagnera le duel. Le troisième duel sera le tantō, un duel de dague. Vous aurez six dagues chacun, le premier sang gagnera le duel. Pour intégrer notre garde impérial la jeune fille devra gagner les trois duels. 

    La tension monta d'un cran. Un garde apporta deux katana sur un coussin rouge et mon adversaire me laissa choisir mon arme. Les deux sabres étaient identiques, la taille de la lame était égal, le métal aussi. La seule différence était les gravures. Cette fois il n'y avait pas de tigre et de dragon mais des fleurs, ce que je trouvais étrange pour un sabre.

    Mon adversaire devina mes pensées.

    - Ses fleurs ci, il pointa un des deux sabres, sont des achillées, elles désignent la guerre. Sur l'autre sabre nous pouvons distinguer des héliotropes qui indiquent la dévotion. 

    C'était un test, on me demandait de choisir entre la guerre et la dévotion. Je pris avec entrain le sabre avec les achillées et regardais l'Empereur dans les yeux. Le soldat qui nous avait apporté les sabres se dirigea ensuite vers l'Empereur pour lui rapporter mon choix et l'Empereur sourit, comme si il s'y attendait. 

    Je regardais le ciel un instant et pensais:

    Je suis désolée, père, de ne pouvoir me dévoué à l'Empereur que vous avez servis de nombreuses années.

    - Le duel va à présent commencer! Dit l'arbitre d'une voix forte pour bien se faire entendre. 

    Tous les murmures s'arrêtèrent, je pouvais distinguer un bruit de cours d'eau non loin de moi. Le soleil brillait de mille feu et une servante tenait une ombrelle pour protéger l'Empereur d'une insolation. 

    Mon adversaire et moi nous éloignons l'un de l'autre sans arrêter de nous regarder. Nous tirions nos sabres de leur fourreau au même moment, nos mouvements étaient synchronisés. Quand la cloche qui annonçait le début du duel sonna, je fus surprise par la rapidité de ses gestes. Sans que je ne l'aie vu venir il avait traversé les quelques mètres qu'il nous séparait pour m'attaquer mais j'avais réussi à contrer son attaque au dernier moment par le plus grand des hasards.

    Il ne voulait pas perdre son temps. Et moi non plus, c'est pour cela que je l'attaquais à mon tour, en vain. Après quelques minutes de combat acharner, il eut la première touche, suivit d'une deuxième. Mais je ne me laissais pas faire et le rattrapa quelques secondes plus tard. L'arbitre annonçait nos points avec rapidité, il ne pouvait pas se permettre de quitter des yeux le combat car tout s'enchainait à une vitesse ahurissante. 

    Alors que nous étions à quatre touches chacun, quelqu'un dans l'assistance fit tomber quelques choses et cela déconcentra un millième de seconde mon adversaire. Mais c'était un millième de seconde de trop et je pris l'avantage: Je le touchais en plein milieu de la poitrine. 

    Si c'était un duel à mort, il serait mort, toucher en plein coeur. 

    La cloche sonna, le combat était fini, j'avais gagné la première manche. Il n'y eut aucun applaudissement, ce genre de gestes n'était sans doute pas permis durant les duels Impériaux mais je pus cependant constater les regards ébahis dans l'assistance et la colère de mon adversaire. Le combat avait été vraiment long, nous avions été à égalité de nombreuses fois, mais finalement ça en valait la peine. 

    Une servante me munit d'un arc et de flèches tandis que l'on bougeait d'emplacement pour aller une trentaine de mètres plus loin. Des cibles avaient été dressées à vingt mètres de nous. Les spectateurs ainsi que l'Empereur et son fils étaient derrière nous. Nous nous avancions tous les deux de quelques mètres, nous avions chacun une cible devant nous. Lorsque que la cloche sonna, Shohei tira sa première flèche qui atterrit dans le mille. Mais il n'avait encore rien vue, le yumi était une arme que j'affectionnais beaucoup. Je positionnais mon arc ainsi que ma flèche et visais la cible.

    Je sentais les regards de toute l'assemblée, et en particulier celui du prince Anzai. Je ne savais pas pourquoi il m'avait aidé, mais je n'allais surement pas laisser passer cette chance. C'est pourquoi je tirais la corde, puis la lâchais et la flèche partit droit devant, pour se loger dans le jaune, au milieu de la cible. Et de un.

    Mon adversaire, pas content du tout, lança tout de suite sa deuxième flèche qui atterri dans le rouge, donc si je réussissais à mettre la prochaine flèche dans le jaune, j'aurais l'avantage pour ce deuxième duel. Je n'attendis pas et la flèche vint se poster dans le rouge. 

    Ouf, pensais-je soulagée. 

    Lorsque nous devions tirer notre dernière flèche, j'avais l'avantage dans les points. Trois de mes flèches étaient dans le jaune et une dans le rouge, tandis qu'il avait deux flèches dans le jaune et deux autres dans le rouge. Il plaça son arme, tira la corde et la flèche partit tout droit se planter dans le milieu de la cible. 

    Je respirais un grand coup et fis les mêmes gestes que mon adversaire: placer, tirer, lâcher. La flèche dans le rouge, j'étais à égalité avec Shohei. Je fis une tête d'enterrement tandis qu'il souriait victorieux. L'Empereur fit l'ordre de nous donner une dernière flèche.

    - Vous êtes à égalité pour le moment, cette flèche vous départagera. Nous allons mettre la cible trente mètres.

    Je fis comme si cela m'était égal, mais dans ma tête je stressais de plus en plus. Vingt mètres c'était déjà loin et assez dur, trente mètres ça demandait une extreme concentration. Je n'avais jamais tirer d'aussi loin, je tirais toujours à vingt mètres ou moins. Des serviteurs déplacèrent les cibles et revinrent vers l'Empereur. Quelqu'un sonna la cloche du départ, et sans attendre, Shohei tira sa flèche qui arriva dans le rouge. À cette distance le rouge était déjà très bien, je ne devais pas faire moins. 

    Je ne devais pas rater. Je n'en avais pas le droit. Alors que j'étais prête à tirer, je fermais les yeux quelques secondes pour me rappeler les conseils de mon père:

    Il y a qu'une seule règle pour réussir à tirer une bonne flèche: écouter le vent. 

    Sur le coup je n'avais pas compris, mais à présent je savais ce qu'il avait voulu dire. Il fallait que je fasse abstraction de tout ce qui m'entourait. Il n'y avait plus que la flèche, la cible et moi. Et le vent. 

    Je tirais la corde les yeux fermés. Quand je rouvris les yeux, ma flèche se trouvait au milieu de la cible, dans le jaune, le milieu de la cible. J'avais gagné cette deuxième manche.

    Mais la troisième manche pouvait tout chambouler surtout que... je ne savais pas manier les dagues. 

     


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